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mardi 2 août 2022

Filles Perdues


Filles Perdues
 
En 1913, en Autriche, existe un hôtel dirigé par Mr Rougeur, un français très porté sur les livres pour adultes, aux contenus pour le moins libertins. Cela fait quelques temps qu’une femme d’âge mûr, Alice, y loge également. Celle-ci aime particulièrement se caresser tout en se regardant dans le miroir. Un peu plus tard, une jeune américaine du nom de Dorothée Gale arrive à l’hôtel et fait rapidement la connaissance d’un jeune homme, le capitaine Rolf Bauer. Après un dîner fort agréable, ce dernier l’emmène dans un des jardins de l’hôtel et la déshabille. Après quelques préliminaires, il commence à lui pratiquer un cunnilingus tout en se masturbant. Mais après quelques instants, le militaire n’en peut plus et éjacule, trop excité à la vue des superbes chaussures que porte Dorothée. Le lendemain, un couple arrive, Harold et Wendy Potter. Après une nuit assez agitée où les bruits et cris provenant de chambres voisines se font entendre, Wendy fait rapidement la connaissance de Dorothée et d’Alice, les responsables des bruits nocturnes, qui faisaient l’amour. Les jours passent et les trois femmes voient leurs liens se renforcer, venant même à se confier leurs premiers émois tandis que leur relation devient de plus en plus charnelle…
 

Filles Perdues
Scénario : Alan Moore
Dessins : Melinda Gebbie
Encrage : Melinda Gebbie
Couleurs : Melinda Gebbie
Couverture : Melinda Gebbie
Genre : Erotique
Editeur : Taboo
Titre en vo : Lost Girls
Pays d’origine : Grande-Bretagne
Langue d’origine : anglais
Parution : 10 mai 2006
Editeur français : Delcourt
Date de parution : 19 mars 2008
Nombre de pages : 320

Liste des épisodes
Lost Girls 1-30
 
Mon avis :
 Après vous avoir proposer les critiques de deux des plus grands chef d’œuvres du grand Alan Moore, V for Vendetta et From Hell, abordons à présent ce qui est sans aucune contestation possible l’œuvre la plus polémique de l’auteur britannique, un certain Filles Perdues… Bon, ici, nous naviguons entièrement en dehors des sentiers battus de la bande dessinée traditionnelle puisque cette création du sieur Moore – accompagné aux dessins par sa compagne, Melinda Gebbie – est tout simplement à ranger dans la catégorie érotique. D’ailleurs, j’irais même plus loin, au vu des très nombreuses scènes proposées dans ce gros ouvrage, parler de pornographie serait, selon moi, nettement plus adapté. Naturellement, le lecteur, peut connaisseur du scénariste, a de quoi être pour le moins dubitatif devant ce Filles Perdues et on peut parfaitement le comprendre, car bon, comment dire… si, au fil de ses diverses créations, Moore n’a jamais été très avare de nous proposer, lorsque le cœur lui disait et que cela se justifiait, scénaristiquement parlant, de nous proposer des scènes pour le moins crues. Mais une œuvre totalement pornographique, là, il y a un pas que le britannique a joyeusement franchis et dont le résultat, s’il prête naturellement à la polémique, n’en n’est pas moins excellent ! Ainsi, en reprenant les héroïnes de trois des contes modernes parmi les plus célèbres, c’est-à-dire, Peter Pan, Le Magicien d’Oz et Alice au Pays des Merveilles, Alan Moore ne se contente pas de nous offrir un récit qui verrait les trois femmes, désormais plus âgées, se rencontrer dans un quelconque hôtel en plein cœur de l’Europe et tout juste avant le début de la Première Guerre Mondiale. Non, Moore va plus loin et va plutôt nous proposer les récits érotiques de ces trois héroïnes : ainsi, au fil des pages, le lecteur qui aura le plus grand mal à parcourir cet ouvrage d’une seule main – c’est qu’il est plutôt imposant le bougre – va découvrir les relations sexuelles des trois femmes mais également leurs premiers émois amoureux. Et, justement, si voir toute l’hypocrisie de la prude société de l’époque est plutôt jouissive lorsque l’on découvre les débauches diverses qui ont lieu, la partie la plus intéressante, finalement, est celle où Moore nous montre comment les premières expériences sexuelles de ses héroïnes sont à la base des contes qui nous sont plus familiers. Bien entendu, je n’en dirais pas davantage afin de ne pas dévoiler tout un plan de l’intrigue et me contenterais de dire que, une fois de plus, avec Alan Moore, use et abuse de moult références et que si les dessins pour le moins crus ont de quoi émoustiller les plus sensibles d’entre nous, c’est entre les lignes qu’il faut lire cette œuvre et prendre ainsi plaisir à découvrir comment le sexe aura accoucher de ces œuvres destinées aux enfants… Une fois de plus et sans grande surprise malgré la prise de risque notable prise ici, Alan Moore confirme tout le bien que l’on peut penser de lui et, ma foi, faire d’une BD pornographique un véritable chef d’œuvre est pour le moins impressionnant. Naturellement, Filles Perdues n’est pas a maitre entre toutes les mains car bon, si la masturbation, la sodomie, l’homosexualité, le lesbianisme, le fétichisme et les orgies sont bien au rendez vous, certains risquent d’avoir du mal avec des scènes disons, plus problématiques comme les relations incestueuses, la pédophilie et la zoophilie. Prises dans le récit, celles-ci s’expliquent, mais bon Alan Moore va très loin tout de même ici, peut-être trop loin pour certains…
 

Points Positifs
 :
- Probablement l’œuvre la plus polémique et la plus osée d’Alan Moore. Il faut dire que Filles Perdues est une œuvre que l’on peut qualifier sans discussion de pornographique, cependant, malgré ce constat pour le moins évidant, tout le génie de l’auteur est au rendez vous et si s’avère que cette BD est bien plus complexe qu’on pourrait le penser de prime abord.
- Filles Perdues en dehors de ses très nombreuses scènes de sexe, est aussi une œuvre qui nous permet de voir comment les premières expériences sexuelles de nos trois héroïnes ont été, du moins, selon la vision de Moore, à l’origine de la création de ces trois classiques que sont Peter Pan, Le Magicien d’Oz et Alice au Pays des Merveilles.
- Pour ce qui est de la partie graphique, Melinda Gebbie nous livre une prestation que l’on pourrait qualifié de simpliste avec ses tons pastels mais qui n’en reste pas moins de qualité.
- Comme à chaque fois avec Alan Moore, c’est complexe, bourré de références à l’histoire et à la culture populaire, cependant, si vous possédez quelques bonnes connaissances et que vous êtes fan du genre, alors, la lecture de Filles Perdues sera un pur régal pour vous.
- Une édition de fort belle qualité. Chapeau bas aux éditions pour celle-ci et, accessoirement, pour le courage d’avoir publié cette œuvre en français !

Points Négatifs :
- Bien entendu, Filles Perdues est une œuvre pornographique et celle-ci n’est absolument pas destinée à tout le monde. Certains risquent de prendre leur jambe à leur coup devant cette avalanche orgiaque de débauche sexuelle !
- Même si cela se justifie dans le récit, nombreux sont ceux qui auront beaucoup de mal avec les scènes où l’on assiste à des relations incestueuses, de la pédophilie et de la zoophilie…
- Comme souvent chez Moore, posséder de bonnes connaissances en histoire s’avère nécessaire pour mieux saisir toutes les subtilités de ce Filles Perdues, sans parler, bien entendu, des nombreuses références qui parsèment les plus de 300 pages de cet album.

Ma note : 8,5/10

From Hell


From Hell
 
Septembre 1923, sur une plage de Bournemouth, ville portuaire située sur la côte sud de l'Angleterre, dans le comté de Dorset. Deux vieillards marchent sur le sable et dissertent ensemble. La Première Guerre Mondiale leur semble encore bien proche. M. Lees pense qu'elle est annonciatrice de la fin du capitalisme. Bien qu'il soit issu des classes moyennes, il se revendique d'un socialisme, qui, bientôt, renversera, par l'accession du Parti Travailliste, le régime de Sa Majesté. M. Abberline, lui, au contraire, est issu d'une famille ouvrière qui a toujours voté pour les Tory. Mais ce qui taraude vraiment les deux patriarches, ce n'est pas tant la situation politique de leur patrie que les remords et la culpabilité qu'ils partagent. Lees, pour la première fois de sa vie, avoue qu'il a été un imposteur. Abberline, quant à lui, a été un flic qui a préféré se taire. Tous deux s'accordent à avouer qu'ils se sont enrichis avec rien. Plus exactement avec le silence. L'ex-flic en a tiré une pension confortable et ses économies s'évaluent aussi à une tonne d'ennuis qu'il a évités en se taisant. Le voici jouissant de bons à côtés et d'une maison coquette située sur le front de mer et dans laquelle il va accueillir sa vieille connaissance qu'est Lee. Il lui souhaite la bienvenue dans la demeure que Jack a bâtie...
 

From Hell
Scénario : Alan Moore
Dessins : Eddie Campbell
Encrage : Eddie Campbell
Couleurs : Eddie Campbell
Couverture : Eddie Campbell
Genre : Horreur, Policier
Editeur : Taboo
Titre en vo : From Hell
Pays d’origine : Grande-Bretagne
Langue d’origine : anglais
Parution : 23 décembre 1999
Editeur français : Delcourt
Date de parution : 24 octobre 2000
Nombre de pages : 576

Liste des épisodes
From Hell 1-10
 
Mon avis :
 Après les chefs-d’œuvre incontestables que furent V pour Vendetta et Watchmen, Alan Moore confirme tout le bien que l’on pense de lui et, indéniablement, son génie avec la sortie, a la toute fin des années 90, de ce véritable monument de la bande dessinée qu’est From Hell. Ainsi, dans ce véritable pavé, le scénariste britannique convoque des figures mythiques – Baal, Horus, Dionysos – bibliques, littéraires, tout en mettant en avant la plus célèbre des sociétés secrètes, la fameuse Franc-maçonnerie, pour une plongée dans l’apocalypse du Londres victorien, a la fin du règne Victorien et, plus précisément, pour nous donner sa vision des tristement célèbres crimes d’un certain… Jack l’Éventreur ! Naturellement, les lecteurs de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires seront en terrain familier : le programme de Moore s’abreuvant encore une fois aux sources de l’enfer et du chaos pour dépeindre un monde cauchemardesque aux vertus libératrices. Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, From Hell n’est pas que le simple récit d’une enquête policière, avec le plus célèbre des serials killers et des meurtres à élucider. Au-delà de l’intrigue en elle même – Moore reprend ici une des nombreuses thèses au sujet de l’identité de Jack l’Eventreur, probablement la plus connue mais pas forcément la plus crédible – le récit propose plutôt une réflexion métaphysique d’une profondeur inouïe, prenant pour objets le pouvoir, l’aliénation de l’homme et sa folie. Œuvre résolument noire, brillante réflexion sur le mal et ses déclinaisons crépusculaires, From Hell plonge le lecteur dans les recoins de l’âme et de la conscience pour fabriquer son propre mythe, celui d’un mal sans fin. Tel un miroir ou un écho fantasmé, le graphisme d’Eddie Campbell se met au diapason de l’ambiance glauque, avec un noir et blanc dégoulinant de crasse, sale et charbonneux. Tour à tour dépouillé et rigoureux, le trait vient sublimer la portée symbolique du propos. Le mélange d’une écriture profonde et d’un dessin au cordeau, accouche d’une construction magistrale, propre à faire de From Hell un véritable chef-d’œuvre du neuvième art. Soulignons enfin la rigueur d’Alan Moore. En effet, afin de mieux montrer le chaos, il se fait brillant chercheur en compilant une documentation très fouillée, quasiment exhaustive, dans une affaire où les convictions l’emportent largement sur les certitudes, quarante pages de notes venant clore cette œuvre à l’équilibre parfait. Sombre portrait d’une modernité à venir, From Hell – qui annonce d’une certaine manière l’avènement des régimes totalitaires – vous invitera finalement à mieux connaître l’essence humaine. Une œuvre cathartique, un horizon indépassable et qui est, tout simplement, culte…
 

Points Positifs
 :
- Un des plus grands chefs d’œuvres d’Alan Moore, tout simplement ! Il faut dire que, en s’attaquant à la figure mythique de Jack l’Eventreur, le scénariste britannique réussit non seulement son pari mais surtout, en nous livrant un tour de force peu commun, scénaristiquement parlant et en usant, comme à son habitude, de ses nombreuses connaissances, Moore livre une œuvre peu commune, d’une complexité rare mais qui s’avère, pour peu que l’on s’y accroche, être une pure merveille !
- Bien évidement, il y aurait à redire sur l’hypothèse choisie par Alan Moore pour ce qui est de l’identité de Jack l’Eventreur, cependant, force est de constater que celle-ci est, sans aucun doute, la plus attirante, ne serais-ce que parce qu’elle met en cause un individu connu et fort proche du pouvoir royal. Du coup, il est difficile de ne pas adhérer à celle-ci…
- Le choix du noir et blanc s’avère être fort judicieux et si, de prime abord, on peut trouver le style d’Eddie Campbell pour le moins brouillon, ce n’est qu’une fausse impression : l’artiste est nettement plus talentueux qu’on pourrait le penser et son choix de nous proposer une vision sale et sombre du Londres Victorien est un plus indéniable qui nous permet de mieux nous plonger dans l’ambiance malsaine du récit.
- Comme à chaque fois avec Alan Moore, c’est complexe, bourré de références à l’histoire, à la culture populaire, aux mythes et aux légendes, cependant, si vous possédez quelques bonnes connaissances et que vous êtes fan du genre, alors, la lecture de From Hell sera un pur régal pour vous.
- Les notes, nombreuses, permettent de mieux comprendre l’œuvre d’Alan Moore.

Points Négatifs :
- Comme souvent chez Moore, posséder de bonnes connaissances en histoire s’avère nécessaire pour mieux saisir toutes les subtilités de ce From Hell, sans parler, bien entendu, des nombreuses références qui parsèment les presque 600 pages de cet album.
- Une œuvre absolument pas grand public et d’une complexité rare. Bref, a ne pas mettre entre toutes les mains…

Ma note : 10/10

V pour Vendetta


V pour Vendetta
 
Fin du XXème siècle, le monde a sombré tragiquement depuis le déclenchement d'un immense conflit nucléaire. Même si l'Angleterre à été épargnée, elle subit cependant de plein fouet les désastreuses conséquences climatiques qui ravagent son territoire et sèment la maladie et la famine. Des émeutes explosent un peu partout. Pour mettre fin au chaos ambiant, un groupuscule fasciste s'empare du pouvoir et met en place une purge des citoyens jugés déviants. Les opposants politiques, les minorités ethniques ou bien encore les homosexuels sont arrêtés par milliers et envoyés vers des camps de concentration, au cœur desquels des sadiques de la pire espèce sévissent. La société, quant à elle, est surveillée par le système qui contrôle tout et se charge des punitions arbitraires. Ainsi en plein désarroi, la Jeune Evey Hammond accoste maladroitement un homme dans la rue à la nuit tombée, afin de lui proposer son corps en échange d'un peu d'argent pour survivre. Mais ce dernier lui révèle être un agent des mœurs en planque et hélas les bonnes mœurs ont depuis bien longtemps été abandonnées par la police locale. Evey échappe de peu à un viol collectif suite à l'apparition impromptue d'un illuminé déguisé et masqué qui rosse les vilains tout en citant du Shakespeare. En sécurité sur les toits de Londres, ils contemplent alors ensemble l'impressionnante explosion du parlement de Westminster, suivie d'un feu d'artifice balafrant le ciel d'un immense V. Vive l'Angleterre, la machine vengeresse est en marche...
 

V pour Vendetta
Scénario : Alan Moore
Dessins : David Lloyd
Encrage : David Lloyd
Couleurs : David Lloyd
Couverture : David Lloyd
Genre : Politique, Dystopie
Editeur : Vertigo
Titre en vo : V for Vendetta
Pays d’origine : Etats-Unis
Parution : 10 juin 1989
Langue d’origine : anglais
Editeur français : Urban Comics
Date de parution : 27 mars 2020
Nombre de pages : 400

Liste des épisodes
V for Vendetta 1-11
 
Mon avis :
 Cela faisait pas mal de temps que je ne vous parlais pas du génialissime Alan Moore, sans aucun doute possible, le plus grand auteur de comics  de ces quatre dernières décennies et qui, au fil du temps, nous aura proposé moult chef d’œuvres incontestables comme Watchmen ou La Ligue des Gentlemen Extraordinaires… Et donc, profitant de cette période estivale, je me suis dit que l’occasion était parfaite pour me lancer dans la lecture d’autres titres majeurs du Sorcier de Northampton, surtout que, mine de rien, parmi ces derniers, il y avait quelques magnifiques pépites, des incontournables absolus comme ce fameux V pour Vendetta dont je vais vous parler aujourd’hui… Nous sommes à la fin des années 90 et, une décennie auparavant, le monde a connu un conflit nucléaire qui ne l’aura pas dévasté totalement. L’Angleterre s’en est plus ou moins sortit mais un régime dictatorial s’est installé et tient naturellement sous sa joug le peuple, écrasant celui-ci sous une poigne de fer. Pourtant, alors que l’avenir apparait bien sombre, un homme sans nom, sans visage, apparait et lutte seul contre le régime en place, commettant des attentats et des meurtres de personnalités. Cet homme qui se fait appeler V souhaite rendre le pouvoir au peuple, du moins, si celui-ci en est digne… En partant de ce postulat de départ qui pourrait flirter allègrement avec un certain 1984 de George Orwell chef d’œuvre absolu du genre dystopique, Alan Moore nous livre avec V pour Vendetta probablement ce qui est la BD qui retranscrit avec le plus de justesse la dictature. Imaginant ce qu’aurait put donner les iles britanniques sous un régime fasciste, l’auteur nous offre un récit oppressant, menaçant et suffisamment solide pour sortir définitivement du simple carcan grand public un peu stupide où est relégué, en temps normal, l’amateur de comics. Bien évidement, avec Watchmen, Alan Moore nous avait déjà prouvé que le genre n’était pas réservé aux super-slips et que, même en mettant en scène ces derniers, il y avait matière à nous en proposer une vision plus intelligente. Avec V pour Vendetta, Moore va encore plus loin puisque, ici, non seulement V n’a pas grand-chose a voir avec les super-héros – en dehors du fait qu’il porte un masque – mais que, en plus, l’ennemi, dans ce récit, est autrement plus redoutable qu’un quelconque pantin costumé puisqu’il s’agit de politiciens – après tout, faut-il rappeler les millions de morts causés, au vingtième siècle, par les diverses dictatures, quelles soient de gauche comme de droite ? Qui plus est, le propos d’Alan Moore est de nous montrer que, davantage que les capacités d’un homme a lutter contre le mal, ce qui compte, c’est avant toute chose, une idée, un symbole : après tout, un être humain peut être tué. Un symbole, lui, ne meurt pas. Et c’est probablement cela qui fait aussi la réussite de ce V pour Vendetta, une œuvre intelligente et, finalement, moins manichéenne qu’on pourrait le penser de prime abord puisque, dans celle-ci, certains des membres du pouvoir en place sont loin d’être des salauds et il y a même des victimes parmi eux. De même, à aucun moment Alan Moore ne glorifie les actes de V et même si l’on sent l’attrait de l’auteur pour l’anarchisme, il laisse le soin au lecteur de se faire sa propre opinion sur les agissements du justicier masqué… Bref, vous l’avez compris, V pour Vendetta est une œuvre majeure de la bande dessinée britannique et, incontestablement, un incontournable que tout amateur de comics se doit de lire au moins une fois dans sa vie. Après, il faut reconnaitre que ses thématiques, son propos et le style particulier d’Alan Moore qui est davantage un écrivain qu’un simple scénariste risque de ne pas plaire à tout le monde, mais bon, cela reste une affaire de gouts personnels comme c’est le cas avec pas mal d’œuvres géniales, tous genres confondus…
 

Points Positifs
 :
- Incontestablement, V pour Vendetta est la bande dessinée la plus intelligente qui ait été écrite au sujet de la dictature : œuvre d’une profondeur rare, plausible et pas manichéenne pour un sou, nous avons là une des plus belles créations du sieur Alan Moore ! Bref, un petit chef d’œuvre du Neuvième Art…
- Si V apparait comme étant, naturellement, le protagoniste phare de cette BD et qu’il écrase tous les autres de par son charisme, il faut reconnaitre que les autres personnages marquent également les esprits : Evey, bien entendu, mais aussi une bonne partie des membres du régime qui sont particulièrement bien développés plutôt que d’être de simples coquilles vides…
- Un récit découpé en trois actes, comme au théâtre et si le second est peut-être le moins aboutit, l’ensemble n’en reste pas moins réussi et captivant de bout en bout.
- Un être humain peut être tué. Un symbole, lui, ne meurt pas. Voilà ce qui ressort principalement de ce V pour Vendetta et, ma foi, cela résume plutôt bien ce comics.
- En effet, certains peuvent trouver que le style de David Lloyd accuse son âge, cependant, si vous êtes un peu agé comme moi – bref, dans les 40 ou 50 ans – et que vous êtes familier du style de l’époque, alors, vous serez probablement plus enclin a apprécier les dessins d’un artiste nettement plus talentueux qu’on pourrait le penser de prime abord.

Points Négatifs :
- Comme souvent chez Moore, posséder de bonnes connaissances en histoire s’avère nécessaire pour mieux saisir toutes les subtilités de ce V pour Vendetta, sans parler, bien entendu, des nombreuses références qui parsèment les presque 400 pages de cet album.
- Une œuvre absolument pas grand public et qui risque de déstabiliser un public que l’on qualifiera de moderne.
- Certains estimeront que le style de David Lloyd accuse un peu son âge est un trop typé années 80. Naturellement, cela reste une affaire de gouts personnels…

Ma note : 8,5/10

lundi 1 août 2022

Civilizations


Civilizations
 
Vers l'an mille, Freydis Eiriksdottir, fille d'Erik le Rouge, quitte le Groenland pour les Amériques où elle rencontre les populations locales, qu'elle appelle Skraelings. Lors de ce voyage qui passe par Chichen Itza, les Groenlandais transmettent à la fois leur savoir du fer et des anticorps, que vont développer les locaux après avoir été affectés, jusqu'à en mourir, par des maladies. Des siècles plus tard, en 1492, Christophe Colomb et son expédition sont faits prisonniers par les Taïnos, gouvernés par la reine Anacaona et le roi Cahanaboa, et décèdent sur l'île d'Hispaniola sans pouvoir révéler en Europe l'existence d'un nouveau continent. Vers 1530, poursuivi par son demi-frère Huascar, qui veut le tuer afin de régner, l'inca Atahualpa, ses soldats et sa cour se réfugient chez les Taïnos avant d'embarquer sur l'océan Atlantique et de partir vers l'est. Après la traversée, ils atteignent Lisbonne le 26 janvier 1531, ville qui vient juste de subir un séisme dévastateur et meurtrier.
 

Civilizations
Auteur : Laurent Binet
Type d'ouvrage : Uchronie
Première Parution : 14 août 2019
Edition Poche : 19 août 2020
Titre en vo : Civilizations
Pays d’origine : France
Langue d’origine : français
Traduction : Néant
Editeur : Le Livre de Poche
Nombre de pages : 384
 
Mon avis :
 Indéniablement, l’uchronie est un de mes genres préférés en littérature fantastique, pourtant, force est de constater que celui-ci est peut-être un de ceux qui nous propose le moins d’œuvres originales, du moins, en comparaison de ce que l’on pourrait avoir tant les possibilités sont infinies, ou presque… Ainsi, entre les récits nous narrant des Secondes Guerres Mondiales alternatives et autres joyeusetés du même genre, rares sont les titres vraiment originaux, ainsi, telle ne fut pas ma joie en découvrant le postulat de départ de ce Civilizations, roman du sieur Laurent Binet et qui, ici, imaginait un monde forcément bien différent du notre où, plutôt que les européens avaient conquis les Amériques, c’était le contraire qui avait eu lieu ! Bon, d’entrée de jeu, il faut reconnaitre qu’il faut adhérer au point de divergence qui n’est peut-être pas le plus crédible qui soit : amené par des vikings, le fer est connu des civilisations précolombiennes qui, par la force des choses, repoussent la découverte du continent américain par Christophe Colomb et finissent par traverser l’Atlantique avant de conquérir, petit a petit, le vieux continent. Je ne sais pas si le seul usage du fer – ainsi que les chevaux, amenés eux aussi entretemps – aurait changé grandement les choses au vu des forces en présence, de même, il y a de quoi être, par moments, dubitatif quand au fait que quelques centaines d’Incas tiennent la draguée haute aux forces du Saint-Empire Romain Germanique alors au fait de sa puissance, mais bon, admettons… Oui, admettons la chose car, en fait – et c’est là la grande force de ce roman – c’est que Laurent Binet possède, indubitablement, un talent narratif certain et que l’auteur réussit la gageure de nous tenir en haleine tout au long de son intrigue qui est, en toute sincérité, fort captivante. Pour cela, deux choses : une nouvelle vision du monde fort étonnante et auquel on a envie de croire, malgré les invraisemblances, ensuite, des protagonistes charismatiques et hauts en couleurs auxquels le lecteur ne peut que s’attacher. Le résultat ? Une belle réussite, incontestablement, alors, si vous êtes amateurs d’uchronies et si vous souhaitez passer un bon moment de lecture en lisant une œuvre originale, il est évidant que Civilizations est fait pour vous !
 

Points Positifs
 :
- Une uchronie originale qui sort des sentiers battus et qui nous offre un postulat de départ fort intéressant : et si c’était les civilisations américaines qui avaient envahit l’Europe plutôt que le contraire ?
- Un récit divisé en quatre parties – La Saga de Freydis Eiriksdottir, Le Journal de Christophe Colomb (fragments), Les Chroniques d’Atahualpa et Les Aventures de Cervantès – et qui est captivant de bout en bout, avec, bien évidement, en point d’orgue, toute la partie consacrée a l’invasion de l’Europe par les Incas – le troisième récit, le plus long.
- Des protagonistes plutôt charismatiques et auxquels on s’attache facilement. Bien évidement, qui dit uchronie, dit personnages historiques réels et il est amusant de s’intéresser à ce que fut la véritable vie de tout ce petit monde.
- Laurent Binet possède une bonne culture historique et il est intéressant de voir comment l’auteur modifie tout un tas d’événements réels afin de les adapter à sa sauce – petite mention à la Bataille de Lépante, vers la fin…

Points Négatifs :
- Est-ce que l’apport du fer par les vikings aurait été suffisant pour que les amérindiens puissent finir, bien plus tard, par envahir le continent européen ? En toute sincérité, permettez-moi d’en douter ?!
- Quelques centaines d’Incas face aux troupes du puissant Saint Empire Romain Germanique et ce sont les premiers qui finissent par l’emporter ? Hum, c’est tout de même un peu tirer par les cheveux, non ?

Ma note : 7,5/10

The Knick – Saison 1


The Knick – Saison 1

Dans la salle de chirurgie de l'hôpital Knickerbocker, les docteurs Christiansen et John Thackery tentent de réaliser une opération pour sauver une mère et son enfant d'un cas de placenta prævia, mais l'opération échoue et les deux patients meurent. C'est la mort de trop pour Christiansen qui se suicide après l'opération. Thackery reçoit donc le poste de son prédécesseur, ami et mentor comme chef de l'équipe de chirurgie. Il pense prendre pour adjoint son collègue Dr Everett Gallinger, mais le comité de direction lui impose Dr Algernon Edwards, qui a suivi une brillante formation à travers l'Europe et connait bien le bienfaiteur principal de l’établissement, le capitaine Robertson. Déjà réticent, quand Thackery découvre qu'Edwards est afro-américain, il refuse de l’intégrer. En représailles, Robertson fait retarder l'installation de l’électricité dans l'hôpital. Le directeur Herman Barrow se charge d'engager Edwards mais dit que c'est l'idée de Thackery.


The Knick – Saison 1
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Jack Amiel, Michael Begler et Steven Katz
Musique : Cliff Martinez
Production : Anonymous Content
Genre : Drame, Médical, Historique
Titre en vo : The Knick – Season 1
Pays d’origine : États-Unis
Chaîne d’origine : Cinemax
Diffusion d’origine : 8 août 2014 – 17 octobre 2014
Langue d'origine : anglais
Nombre d’épisodes : 10 x 52 minutes

Casting :
Clive Owen : Dr John « Thack » Thackery
Andre Holland : Dr Algernon Edwards
Jeremy Bobb : Herman Barrow
Juliet Rylance : Cornelia Robertson
Eve Hewson : Lucy Elkins
Michael Angarano : Dr Bertram « Bertie » Chickering Jr.
Chris Sullivan : Tom Cleary
Cara Seymour : Sœur Harriet
Eric Johnson : Dr Everett Gallinger
David Fierro : Jacob Speight
Matt Frewer : Dr J.M. Christiansen
Maya Kazan : Eleanor Gallinger
Leon Addison Brown : Jesse Edwards
Grainger Hines : Capitaine August Robertson
Lucas Papaelias : Eldon Pouncey
Ying Ying Li : Lin-Lin
Richard James Porter : monseigneur Joseph Mills Lawlor
Melissa Errico : Catherine Christiansen
Zuzanna Szadkowski : Infirmière Pell
Danny Hoch : Bunky Collier
Perry Yung : Ping Wu
Suzanne Savoy : Victoria Robertson
Emily Bergl : Mme Hemming
Rachel Korine : Junia
Jennifer Ferrin : Abigail Alford
Ylfa Edelstein : infirmière Baker
Ghana Leigh : Mme Odom
Tom Lipinski : Phillip Showalter
Gary Simpson : Hobart Showalter
Charles Aitken : Henry Robertson
LaTonya Borsay : Evaline Edwards
Michael Nathanson : Dr Levi Zinberg
Reg Rogers : Dr Bertram Chickering, Sr.
Molly Price : Effie Barrow
Johanna Day : Eunice Showalter
Happy Anderson : Mr. James « Jimmy » Fester
Collin Meath : Phineas « Phinny » Sears

Mon avis : Passé complètement inaperçu du grand public, surtout dans nos vertes contrées, The Knick, dont je vous propose ici la critique de la première saison, est l’exemple parfait de la série de très grande qualité, originale, qui mérite moult louanges et qui, pourtant, n’est pas connu du grand nombre, la faute a une diffusion qui n’est pas a l’honneur – bigre, mais pourquoi Arte ne s’est pas mis sur le coup ? Pourtant, The Knick, réalisé par le sieur Steven Soderbergh qui n’est pas n’importe qui est porté par un Clive Owen totalement habité par son personnage est une série à voir, que dis-je, la série à voir ; sincèrement, passer a coté de ce petit bijou serait fort dommageable… Pourtant, à première vue, certains pourront se dire que tout cela n’est qu’une série médicale de plus sauf que, dans le cas présent, l’intrigue a lieu au début du vingtième siècle : c’est certes exact mais fortement réducteur. Car avec The Knick, nous sommes a des années lumières d’un soap comme Grey’s Anatomy qui n’en finit plus, au fil des ans, de tomber dans la réédite et où l’aspect médical n’a plus aucune importance, non, ici, s’il fallait trouver une comparaison, se serait avec l’excellent Peaky Blinders, série de gangsters britannique se déroulant sensiblement a la même époque et dont l’esthétique est fort proche – y compris dans l’usage d’une bande originale anachronique d’ailleurs. Ajoutons un petit soupçon de Dr House pour ce qui est du personnage principal, les antihéros cyniques étant la norme depuis quelques années, et vous comprendrez que The Knick, finalement, est beaucoup plus complexe que son synopsis de départ pourrait le laisser croire. Car entre une réalisation impeccable et qui en met plein la vue, Soderbergh oblige, des acteurs inspirés, une bande son électro du plus bel effet et un coté glauque et sale fort bien choisis, on obtient une recette parfaite pour nous entrainer dans un petit voyage dans le temps vers les prémices de la médecine moderne : car oui, dans The Knick, ses auteurs n’ont pas oublié que dans série médicale, il y a le mot… médicale et, au fil des épisodes, le spectateur est complètement déstabilisé par ces opérations et ce matériel d’une autre époque, ces manques de moyens et de connaissances vis-à-vis de maintenant, constatant au passage que si dans certaines séries actuelles, certains médecins se prennent pour des dieux entre deux peines de cœur, dans The Knick, s’il y a bien de la place pour une ou deux parties de jambes en l’air ou pour la prise de substances illicites, ce qui compte avant tout, c’est la médecine, la recherche médicale, les inventions qui pourraient changer la donne, et ce, a une époque où l’homme croyait encore a la science… Étonnante réussite qui se déguste avec grand plaisir, cette première saison de The Knick est quasiment sans défauts : terriblement prenante et réalisé d’une main de maitre, son visionnage ne donne envie que d’une seule chose, se plonger a nouveau dans cet univers si glauque mais si attirant a la foi. Ce qui tombe bien puisqu’il existe une seconde saison… reste maintenant à voir quand j’aurai l’occasion de la découvrir…


Points Positifs :
- Une série bien plus originale qu’on pourrait le penser de prime abord puisque, en délocalisant l’intrigue au début du vingtième siècle, The Knick s’intéresse particulièrement aux pratiques médicales de l’époque, mettant celles-ci en avant, et ce, contrairement a ses équivalentes où la médecine passe derrière les peines de cœurs des personnages…
- La réalisation de Steven Soderbergh, bien sur, qui est tout simplement parfaite avec une esthétique proche de celle de Peaky Blinders, sa bande originale anachronique mais qui ne dénote aucunement et le coté glauque, omniprésent, mais du plus bel effet.
- Si la plupart des acteurs sont excellents, c’est bien évidement Clive Owen qui marque le plus les esprits : médecin génial et egocentrique, obstiné et complètement accro aux drogues dures, voilà un personnage haut en couleur comme je les aime.
- Le coté dépaysant de la chose n’est pas négligeable, bien entendu : après tout, il y a plus de cent ans, que ce soit les pratiques médicales, la société, la place de la femme, des minorités, tout était fort différent, y compris la vision que l’Homme avait de la science, ce qui est plutôt bien retranscrit ici.

Points Négatifs :
- Certains regretteront peut-être que, justement, le héros, interprété par Clive Owen, soit un peu trop égocentrique, drogué, etc. Cela peut se comprendre car a force d’avoir des antihéros a la place de personnages propre sur eux, on finit par avoir l’habitude.
- Comme c’est le cas avec Peaky Blinders, certains n’accrocheront pas à cette esthétique et cette bande originale particulière.

Ma note : 8,5/10